Le Massi Tour et les Agapes

 

Le Massi Tour

Il était écrit que les bonnes fées qui se sont penchées sur le berceau du Blanc Moussi feraient de lui un être particulier du folklore stavelotain.

Alors que les membres des autres sociétés locales, lorsque le cortège se termine, se retrouvent tous ensemble dans leur local, bien souvent en famine en quelque sorte, les Blancs Moussis, eux, mettent à profit les quelques heures qui séparent deux manifestations pour s'éclater chez ... les Stavelotains !

Etudions ce phénomène : les dernières notes du rondeau se sont éteintes, le Blanc Moussi vient de participer à la haie dans les caves ou à l'intronisation de ses chevaliers.

Les agapes ne commenceront que vers 20 h. Que faire ? Va-t-il se reposer ? C'est mal le connaître, il va faire le "mâssî-tour".

C'est quoi un "mâssî-tour" ?

Tout un programme ! Par affinité souvent, par hasard quelquefois, des bandes de 7 à 10 Blancs Moussis se forment et s'égayent dans le Stavelot du crépuscule. Destination les (accueillantes ...) maisons locales.

Masqués, capuchonnés, ils sonnent longuement chez cet heureux (sic) concitoyen et ... sans attendre la réponse, s'engouffrent dans le salon de l'habitant. La maîtresse de maison apparaît et feint l'étonnement : " Mon Dieu ! Des Blancs Moussis. Quel plaisir ! Désirent-ils boire quelque chose ? " . Tempêtes de grognements, avec gestes à l'appui ...

L'hôtesse s'inquiète alors : " Que vont-ils boire ? De grands verres ou des petits ? " . Re-grognements avec cette fois des indications distinctes, l'une mimant la chope, l'autre le petit blanc.

La dame alors commence son service, aidée bien souvent par le maître de séant, heureux de cette visite impromptue. Les farceurs alors s'agitent, les "longs-nez" passent à l'action : les enfants sont retrouvés et des poignées de confetti s'échangent, la grand mère chatouillée rit aux éclats, le chat et le chien tiré de leur panier, cherchent une retraite plus sure, les invités, d'abord un peu interloqués, comprennent vite que ces masqués ne sont là que pour les faire participer.

Vient alors la deuxième phase car les verres sont servis. Comment faire pour en profiter ? En relevant son masque, bien entendu ! Et ce sont les étonnements : "C'étaient vous, nous ne vous avions pas reconnus. ". Les premiers refrains sont entamés, des chansons à boire, qui l'aurait cru ?

Qu'importe le juste ton ou même parfois les paroles, c'est le bruit de l'amitié et de la joie du Laetare qui compte en ces moments. Vient alors le Vous n'allez pas repartir comme ça, vous avez encore le temps de boire un dernier ! Rires et bien entendu acquiescement général. Survient quand même le moment grave, celui du départ. Une chaise est amenée aux centre de la pièce, la maîtresse de maison, un soupçon de rouge aux joues, est juchée dessus. Le cercle se forme et de la bouche d'un Blanc Moussi s'élève le Bonsoir... Eclate alors ce chant que tous les Stavelotains ont appris à connaître, le fameux "Bonsoir Marie Clap sabots". Les B.M. s'inclinent, s'agenouillent, se relèvent, leurs mains battent puis le chant s'éteint. L'heure du départ a sonné ! Ce sont les "Au revoir, au prochain Laetare. Merci pour tout". Puis "Allez les gars, vos masques, suivez, maintenant on va chez ...".

Le mâssî-tour continue.

Les agapes

Lorsque la nuit descend sur la ville le soir du Laetare, alors que jaillissent dans le ciel les premières fusées du feu d'artifice, l'on voit des petits groupes de Blancs Moussis traverser les pelouses du parc et se diriger vers l'ancienne abbaye.

C'est là en effet, dans cette merveilleuse salle du Chapitre, dans ce cadre du XVIII siècle, quasi unique en Belgique, que se déroule un des "musts" des festivités stavelotaines : les agapes, le traditionnel repas qui réunit dans une chaleureuse amitié les B.M. et invités : les intronisés du jour, les chevaliers et le Comité des fêtes. Un repas frugal certes mais combien ravigotant pour certains, déjà marqués par les fatigues du cortège et des mâssîs tours qui lui ont succédé.

Au menu - immuable - jambon en croûte, saucisson, pain et beurre, tartes, le tout généreusement arrosé d'un petit vin rouge qui n'est pas pour rien dans l'ambiance de la soirée. Car, il faut avoir vécu les agapes pour connaître la véritable atmosphère B.M. Il faut avoir entendu ces chants qui déferlent sur les tables, tandis que de courageux orateurs tentent en vain de prendre la parole, il faut avoir vu Raymond MICHA au piano entraîner tous les convives dans un pot-pourri de vieilles rengaines. Et les mélomanes du monde entier qui se pressent aux concerts de Jules BASTIN seraient bien étonnés de l'entendre entonner à pleins poumons une célèbre chansonnette dédiée à la "gloire" de Jean-Henri !

II faut avoir vu en fin de soirée le Flon-Flon juché sur les chaises animer les farandoles endiablées qui se déchaînent tout autour de la salle noyée sous les confetti et se terminent en apothéose dans les couloirs du cloître.

Bref, la grande ambiance carnavalesque dans toute sa gaieté loin des disc-jockeys et des juke-boxes qui tuent lentement mais sûrement le folklore authentique Mais, comme le dit l'adage: la fête ne fait que commencer...

Les agapes terminées, Flon-Flon en tête, les B.M. gagnent les caves. Un étage plus bas, la Nuit Blanche les attend...