De la légende à la Confrérie

La légende

Quand on évoque le personnage Blanc Moussi, histoire et légende se confondent.  Vers la fin du Moyen-Age, à une époque où les moeurs du clergé connurent un relâchement notoire, Stavelot et ses moines n'échappèrent pas à ce dangereux courant et, ainsi, vit-on couramment les religieux participer aux réjouissances carnavalesques.

A la suite de sévères sanctions prises en 1499 par le prince-abbé de l'époque contre ces moines festifs, la population stavelotaine rappela leur joyeuse présence en s'affublant d'un capuchon et d'une grande robe imitant la bure monacale.
Sur une nouvelle intervention énergique de l'abbé, ce vêtement parodique fut interdit mais, la population frondeuse le remplaça par un autre, blanc celui-là et, le compléta par le port d'un masque hilare au long nez rouge, "... ainsi naquirent vers 1502, les Blancs Moussis de Stavelot ".

Malheureusement, aucune trace historique ne permet d'étayer cette belle légende.  Il est, de plus, très difficile de parler du "Blanc Moussi" stavelotain sans parler de l'évolution des fêtes carnavalesques dans l'ancienne Principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy.

Les premières sources nous mènent au début du 18e siècle où les édits publiés par les princes-abbés ne sont qu'une suite d'interdits qui attestent par ces faits de l'ancienneté de la pratique stavelotaine des coutumes carnavalesques. Ainsi un mandement du 8 février 1707 interdit les mascarades "dans notre principauté ... et particulièrement dans nos bourgs de Stavelot et Malmedy ..."

Celui du 26 janvier 1789 défend "toute mascarade et travestissement comme aussi toute danse et promenade dans les rues avec instruments de musique ou caisses, toute représentation de pièces théâtrales ou autres, tout bal et danse dans les cabarets ...".

Cette dernière interdiction est très intéressante puisqu'elle met en relief la pratique de cortèges ou de défilés, de masques dansant ou se promenant avec un accompagnement musical.

Le passage au nouveau régime ne semble pas avoir interrompu la tradition carnavalesque. Ce que l'on peut dire, c'est que le carnaval stavelotain se déroula sporadiquement au cours du 19e siècle et que, c'est vers 1880 que commence à s'organiser la mi-carême.

Au début du 20ème siècle, apparaissent les premiers cortèges de Laetare. Avant cela, seuls des bals masqués et des théâtres ambulants aux jeux de rôles satiriques furent organisés. Ces cortèges connaissent des fortunes diverses (jusque la seconde guerre) mais leur succès porte quand même préjudice aux autres journées carnavalesques (des jours gras) dont les traditions s'affaiblissent et finissent par disparaître.

Et le "Blanc Moussi" dans tout cela ?

Le personnage Blanc Moussi est mentionné pour la première fois dans un journal local en 1888 (L'Annonce de Stavelot du 5 Février) mais il ne concerne que le carnaval de Verviers.

Dix ans plus tard, dans une publicité pour un bal organisé à Stavelot à l'occasion du carnaval, on peut lire :

 "L'entrée sera rigoureusement interdite aux Blancs Moussis". (La Semaine de Stavelot du 20 février 1898).

Cette annonce confirme ,cependant, une certaine tradition orale qui veut que les "Blancs Moussis" soient connus à Stavelot, en tout cas dès la moitié du 19eme siècle.

Le "Blanc Moussi" est probablement beaucoup plus ancien : il s'agit, en réalité, d'un masque banal, d'un travesti facile dont l'extension ne se limite pas à Stavelot mais à toute la Wallonie voir à une bonne partie de l'Europe. Ce déguisement a connu le sort des usages carnavalesques. Il s'est perdu ici, il s'est conservé là, suivant que la tradition se détériorait ou se sauvegardait.

Stavelot, entre les deux guerres, maintient ce déguisement alors qu'il tombe en désuétude ailleurs. Cependant, sa participation "officielle" au cortège n'est pas toujours certaine. Les éclipses occasionnelles suscitent, parfois, des demandes qui transparaissent dans les journaux locaux de l'époque. On devine, par là, que les Blancs Moussis commencent à perdre de leur banalité, qu'ils prennent une place de plus en plus considérable dans la vie carnavalesque locale. Mais cette mutation ne va-t-elle pas se perdre dans les tourments de la seconde guerre ?  Heureusement, il n'en fut rien.

Dès 1946, un groupe de Blancs Moussis paraît au carnaval. Ils exécutent leur rôle traditionnel à la sortie de la grand messe. Au Laetare, un seul Blanc Moussi marche à la queue du cortège. Cette reprise, alors que Stavelot se relève à peine des ruines de la guerre et de l'Offensive des Ardennes, constitue une preuve de la solidité d'un usage fort ancien.

En 1947, un groupe de 21 Blancs Moussis paraît dans le cortège aux côtés de l'autre groupe de 1946. L'année suivante, seuls les premiers peuvent se produire au Laetare. L'autre groupe ayant, par des manifestations exagérées, terni l'image du "Blanc Moussi" doit renoncer.

Ces 21 jeunes Stavelotains vont métamorphoser complètement le personnage Blanc Moussi. 
Ils seront aidé par Walter FOSTIER, journaliste à la radio belge (I.N.R.), spécialiste d'émissions à caractère touristique. Celui-ci assiste au cortège de 1949 et est séduit par la participation de tous les Stavelotains au Laetare. Il décide alors de commencer une série de reportages en faveur de cette manifestation. Pour ce faire, il doit lui trouver un thème. Il se renseigne sur les différents groupes et comprend toute la signification qu'a le "Blanc Moussi" pour Stavelot et, en fait le personnage central du Laetare. Par la même occasion, il suggère aux Blancs Moussis de s'organiser en Confrérie doublée d'une Chevalerie d'Honneur composée d'importantes personnalités belges et étrangères. A partir de ce moment, le rôle des Blancs Moussis dans la vie de Stavelot s'est amplifié considérablement. Au fil des ans, ils sont devenus les ambassadeurs dynamiques du folklore belge et, leur présence en invités d'honneur à divers carnavals étrangers a contribué et contribue toujours au renom de leur ville.