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Le Blanc Moussi, un personnage folklorique,
énigmatique et frondeur
Le Blanc Moussi saisit par la blancheur étincelante de son uniforme, lequel est rehaussé d’un masque au long nez rouge. A cette image immaculée, il faut ajouter un son, ou plutôt un cri, volontairement neutre et indistinct. Le Blanc Moussi ne parle pas, il grogne !
Il émet une espèce de Wah-Wah guttural. Ce travesti assure de la sorte l’anonymat à celui qui le porte, fait disparaître les particularités et incorpore l’individu à un groupe. Au-delà de l’apparence, le Blanc Moussi possède
aussi un caractère. Il est frondeur, satirique et amuseur. Son but, dans le cortège, est de faire participer les spectateurs, d’engendrer chez eux une réaction, bref de les intégrer à la fête. Pour y parvenir, il est volontiers provocateur. A la taille, il porte un sac de confettis qu’il lance à profusion dans la foule, tandis que de l’autre main il taquine ses victimes amusées avec ses vessies de porc.
Pour l’aider dans son rôle durant le cortège, le Blanc Moussi s’est entouré de pêcheurs, de géants, de colleurs d’affiches, de porteurs de ramons et de chars
souffleurs de confettis.
Les pêcheurs font pendre au bout de leur ligne un hareng saur qu’ils glissent sur les chevelures des spectatrices provoquant cris et éclats de rire.
Les colleurs d’affiches apposent sur les façades des placards satiriques rappelant un événement, ou soulignant un trait de caractère ou une anecdote de la vie de l’un ou l’autre Stavelotain.
Le rôle originel des ramons - balais au long manche - est de décoiffer les messieurs ainsi que de taquiner les spectateurs en sécurité à leur fenêtre. De nos
jours, ils constituent aussi l’avant-garde des chars souffleurs de confettis pour lesquels il leur arrive de bloquer une fenêtre … en position ouverte.


Le Blanc Moussi, de la légende à la Confrérie

Quand on évoque le personnage Blanc Moussi - en langue wallonne, "blanc moussi " signifie « habillé de blanc » - histoire et légende se confondent.
Vers la fin du Moyen-Age, à une époque où, les moeurs du clergé con-nurent un relâchement notoire, Stavelot et ses moines n’échappèrent pas à ce dangereux courant et ainsi vit-on couramment des religieux parti-ciper aux réjouissances carnavalesques. A la suite de sévères sanctions disciplinaires prises contre ceux-ci par le prince-abbé de l’époque, la population stavelotaine rappela leur joyeuse présence en s’affublant d’un capuchon et d’une grande robe imitant la bure monacale.
Sur une nouvelle intervention énergique de l’abbé, ce vêtement paro-dique fut interdit mais, la population frondeuse le remplaça par un autre, blanc celui-là et, le compléta par le port d’un masque hilare au long nez rouge, «... ainsi naquirent vers 1502, les Blancs Moussis de Stavelot ».
En 1947, au lendemain de la seconde guerre mondiale durant laquelle Stavelot a beaucoup souffert (Bataille d’Ardenne), un groupe de 21 Blancs Moussis paraît dans le cortège du Laetare. Dès lors, les événements
se précipitent, le groupe s’étoffe et la Confrérie, sous la providentielle impulsion de Walter Fostier, alors jeune journaliste à l’INR, se structure pour devenir au fil des ans, le célèbre groupe folkorique que l’on apprécie
aujourd’hui dans l’Europe carnavalesque.
A ce jour, La Confrérie Folklorique des Blancs Moussis compte près de 300 membres, possède son propre local (une vieille tannerie entièrement restaurée par ses soins), édite un journal mensuel, construit des
chars souffleurs de confettis, fabrique ses propres confettis et, organise bon an mal an une quinzaine de manifestations.

Stavelot, Capitale du Laetare
Située à 57 km au sud de Liège (Est de la Belgique), bâtie sur les bords de l’Amblève en bordure des Hautes Fagnes, Stavelot, petite cité ardennaise de 6.000 habitants s’est développée autour de l’abbaye fondée au VIIe siècle par Saint Remacle.
Cette abbaye, si elle ne donna pas directement naissance à Stavelot, fit du hameau existant la capitale d’une Principauté abbatiale qui devint, au cours des siècles, un centre de grand renom spirituel et artistique.

La ville connu son développement économique grâce à ses nombreuses tanneries. Celles-ci, réputées mais attachées à leur tradition, ne purent s’adapter aux techniques modernes de production. L’industrie du cuir périclita lentement pour cesser définitivement au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Aujourd’hui, Stavelot s’est reconvertie à l’industrie touristique et propose aux visiteurs un magnifique milieu naturel, des vestiges archéologiques et différentes activités culturelles (musées, festivals de théâtre et de musique...) et folkloriques parmi lesquelles s’insèrent les festivités carnavalesques du Laetare.
C’est en effet, le dimanche de la mi- carême, le 3e dimanche avant Pâques, qu’un grand cortège animé et haut en couleur parcourt les rues de la ville au milieu de milliers de visiteurs enthousiastes. Les rois de la fête sont sans conteste, les Blancs Moussis ; personnages mystérieux, tout de blanc vêtus, portant un masque hilare au long nez rouge, qui vont et viennent, grognent, sautillent, lancent des confettis et taquinent la foule avec leurs vessies de porc gonflées.